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NOTRE BLOG: "Rétines"

22 mai 2013
10 h 37 min

La part de l’autre

freddylandry @

 Un journal gratuit, lu en « 20 minutes », traite plus de cent sujets – environ dix secondes en moyenne par sujet. Le meilleur de « Mise au point », ce sont ces modules de sept/huit minutes qui se terminent alors qu’ils deviennent vraiment intéressants. Un long-métrage de cinéma est l’équivalent d’une nouvelle bien dense d’une centaine de pages. Tout se passe comme si la réponse du berger curieux à la bergère hâtive prenait maintenant une place de plus en plus grande, d’où le succès grandissant des séries aux épisodes formatés à la minute près, la liberté retrouvée consistant à moduler le nombre de chapitres tout en donnant du temps au temps.

"La part de l'autre" de Christophe Chiesa, une mini-série de cinqépisodes sur le don et la réception d'organes tournée durant trois mois en immersion aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUV)

Nouvelle mini-séries des « DOCS »

Depuis le vendredi 24 mai 2013, durant cinq semaines, RTS1, en premier rideau, donc peu après vingt heures, fait place à cinq épisodes de quarante-cinq minutes placés sous le titre un peu mystérieux, « La part de l’autre », qui se déroule presque exclusivement, à en faire la constatation dans le premier épisode, aux HUV ( Hôpitaux Universitaires de Genève), dans un modeste service d’une douzaine de chambres, voué aux seules transplantations d’organes réalisées par des équipes médicales de pointe à la recherche permanente de progrès.

Hors du bloc opératoire

Alors, quoi, un « médical » de plus, ce genre qui fait parfois concurrence au « polar » unitaire ? Va-t-on se retrouver proche de la lointaine série « Urgences »  et de son lieu de prédilection, le centre opératoire ? Ou se dirigera-t-on vers la primauté donnée au diagnostic qui fit le succès du très original « Dr House » ?

Les diagnostics sont clairs : les patients sont condamnés à mourir à brève échéance ou à de lourds traitements leur vie durant si une transplantation est impossible.  Ces « receveurs » sont beaucoup plus nombreux que les « donneurs ». On peut prélever des organes sur un corps cliniquement mort avec le consentement préalable du défunt ou celui de ses proches. Mais le don peut aussi provenir d’un vivant et en bonne santé, souvent un proche. L’opération est alors double, avec coordination délicate exigeant une grande précision. Il s’agit de sauver une vie ou de rendre la survie acceptable grâce à cette « part » de l’autre.

"La part de l'autre"

Procéder par immersion

Dès lors, comment évoquer le don et la réception. L’équipe peut, en accord avec les soignants et leur organisation, être partout et tout le temps présente, au risque de perturber l’essentiel, les soins. Les responsables de « La part de l’autre » ont renoncé à imposer leur présence qui peut être perturbante. Ils ont choisi la discrétion, être présents le plus souvent possible, mais sans gêner les interventions professionnelles techniques, s’en tenir à écouter des conversations entre un receveur et ses proches ou interrogé par un membre de l’équipe, se glisser dans une réunion entre soignants, assister à des rencontres. Bref, être présents durant trois mois dans le petit service des HUV pour récolter images et sons sans perturber – mais peut-être parfois un peu tout de même  –pour saisir un bébé qui ne veut pas quitter les bras de sa mère, un époux qui montre une immense tendresse pour sa femme qui va céder un rein à son bébé. Entre autres..

L’importance du montage

Une équipe de tournage réduite est bien entendu indispensable pour une démarche par immersion.  Avec la légèreté du numérique, la matière accumulée peut se compter en dizaines, voire en centaines d’heures. Le choix pour ramener le tout à cinq fois quarante-cinq minutes s’effectue au montage.

Et ce montage, dès lors, ne différera guère de celui qui s’effectue pour des séries de fiction dont le tournage résulte d’une mise en scène. Il faut tirer du matériel un récit clair, précis, intéressant, didactique, amical, émouvant. Parler de récit permet d’éviter le mot « spectacle » qui a ici quelque chose d’un peu gênant.

La part de l'autre 1/5 L'espoir

Face à la caméra et au micro, il y a des personnes. Les « receveurs » comme les « donneurs » vivants ne sont nommés que par leurs prénoms. Ce sont des personnes qui en perdant leur identité du nom de famille deviennent des personnages. Il y a Fabio, 18 mois, sa mère Edwige qui lui donne son rein, son pèrei Bruno. Annie à aussi donné un rien à son fils David qui va bientôt quitter l’hôpital après un moment d’angoisse devant une crainte rejet qui n’était qu’une amorce d’infection. On fait aussi la connaissance de Michael, le jeune charpentier diabétique qui doit encore grandir.

Par contre, les accompagnants, qui sont certes médecins, chirurgiens, mais aussi  psychologues ou psychiatres entourant les « receveurs » dans des situations parfois délicates, portent noms et prénoms, ce qui sert dès lors de rappel de la réalité professionnelle.

Rôle du commentaire

Le verbe, bien sûr, se glisse dans les multiples formes de conversations. Mais il doit souvent être appuyé par un commentaire qui complète le complexe audiovisuel d’informations indispensables. Ce commentaire est souvent utile. Mais il est parfois frustrant d’apprendre qu’un détail qui gripperait une intervention risque de renvoyer une transplantation de plusieurs mois sans que l’on puisse sinon comprendre du moins deviner les causes d’un tel renvoi ? S’agit-il d’une allusion au fait qu’un organe doit être transplanté dans un délai bref pour remplir sa fonction de substitution sans risque de rejet ?

La part de l'autre 1/5 l'espoir

 

Fiction et documentation

 Le premier épisode est construit de telle sorte que tous les événements qui se produisent semblent se dérouler en un seul et même jour, même si des informations sont apportées par les conversations et les commentaires qui introduisent la notion de durée. Certaines interventions de la musique  contribuent aussi à donner l’impression qu’une série qui reflète la réalité n’est  que peu différente d’une fiction issue de la seule imagination de ses auteurs.

Certes, on va retrouver les différentes personnes, y compris les receveurs devenus personnages, d’une épisode à l’autre. Le premier épisode est placé déjà par son titre sous le signe de « L’espoir ». Viendront la « métamorphose » qui suit une transplantation, le « deuil » aussi, celui d’un donneur, ou le risque encouru lors d’un rejet, avant de s’intéresser au rôle de la famille.

»A suivre »

« A suivre » est le titre provisoire donné au cinquième épisode. On peut s’en servir pour recommander vivement de suivre une série qui, dès le premier épisode, s’annonce comme excellente, émouvante, généreuse. Et qui peut-être pourrait contribuer à faire augmenter le nombre de « donneurs » qui restent souvent trop rares pour les « receveurs ». Une telle série, réussite assurée, est à porter à l’actif de son équipe de réalisation et du groupe  des « Docs » de la RTS.

 

 

 

19 mai 2013
14 h 48 min

Cinéma et télévision désormais égaux

freddylandry @

Notes de lecture.

Dans la livraison de mai 2013 de la revue POSITIF ( no 627), on trouve en page 26 un texte de Jean-Philippe Domecq sur le film « Les Anonymes » de Pierre Scholler ( « L’exercice de l’Etat »). Ce film produit par Canal + a été diffusé sur le petit écran seulement. En principe, cette priorité devrait rendre sa diffusion sur grand écran difficile sinon impossible.

Positif no 627 - mai 2013 Matthew McConaughey  dans "Mud" de Jeff Nichols

Michel Ciment

Très content de pouvoir saluer une personnalité aussi incontestée que Michel Ciment, responsable donc de « Positif » dont la qualité dépasse désormais celle des « Cahiers du cinéma » d’hier, critique au « Masque et la plume » depuis vingt ans, responsable sur France Culture de « Projection privée », une encyclopédie radiophonique cinéphilique où « il se consacre essentiellement à de grands entretiens avec des réalisateurs, des comédiens mais aussi des musiciens, des producteurs et des historiens de cinéma » ( Hélène Delye dans « Le Monde Télévisions » du dimanche 12- lundi 13 mai 2013)

De plein droit à l’histoire du cinéma

 

Deux séries françaises ont su évoquer la guerre de 39-45 avec réalisme : "Un village françaus" et "La maison des bois", bien lointaine puisqu'elle date de 1971, signée d'un grand cinéaste, Maurice Pialat

Deux séries françaises ont su évoquer la guerre de 39-45 avec réalisme : « Un village français » et « La maison des bois », bien lointaine puisqu’elle date de 1971, signée d’un grand cinéaste, Maurice Pialat

Très sereinement, Michel Ciment écrit : il nous semble de plus en plus artificiel de séparer ce type de réalisations ( donc « Les anonymes ») des films distribués en salle. « Twin Pinks » de David Lynch, « Milfred Pierce » de Todd Haynes, « Les Mystères de Lisbonne » de Raul Ruiz, « Carlos » d’Olivier Assayas, « Boardwalk Empire » de Martin Scorsese, « House of Cards » de David Fincher, « Top of Lake » de Jane Campion ( sensation du festival de Berlin 2013) comme jadis « La Maison des bois » de Maurice Pialat, « Les Aventures de Pinocchio » de Lui Comencini ou « Berliner Alexanderplatz » de Rainer Werner Fassbinder appartiennent de plein droit à l’histoire du cinéma.

Une première image de la série "Top of Lake" de Jane Campion avec l'actrice        , la Peggy de "Maad Men"

Une première image de la série « Top of Lake » de Jane Campion avec l’actrice Elisabeth Moos , la Peggy Olson de « Mad Men »

Le grand bond en avant avec les séries

Pas évidente, cette prise de position très claire de Ciment, quand une partie encore assez large de la critique qui se consacre au seul cinéma emploie l’expression « téléfilm » pour rejeter tout film qui lui semble n’avoir aucun intérêt.
Mais incontestablement juste, tant il est vrai que l’audiovisuel contemporain a fait un grand bond en avant avec les séries qui permettent de retrouver les élans de la grande littérature romanesque.

Une première image de la série de David Fincher, "House of Cards"

Une première image de la série de David Fincher, « House of Cards »

Choix personnels récents

Voilà qui me met l’aise pour résumer quatre par quatre mes plaisirs personnels de mars et avril 2013 procurés par des œuvres audiovisuelles rencontrées ces derniers mois, sans ordre de préférences :

Films de cinéma

« The place beyond the Pines » – Derek Gianfranco – USA
« Wajda » – Haifaa Al Mansour – Arabie saoudienne (Allemagne)
« The Grandfather » – Wong Kar Wai – Hong-Kong
« L’écume des jours » – Michel Gondry – France

Films pour la télévision
« Le métis de Dieu » -Ilan Duran Cohwn – France
« Les Silences de l’Eglise » – Dewin Baily – France
« The gatekeepers » – Dror Moreh – Israël,
« La Chine, le nouvel empire» – Jean-Michel Carré –France

Elisabeth Moos, dans "Mad Men"

Elisabeth Moos, dans « Mad Men »

Séries
« Mad Men » – USA – saisons 4 et 5
« Homeland » – USA – saison 2
« Real Humains » – Suède – saison 1
« Hatufim » – Israël- saison 1

Oui, ce furent là mes plus grands plaisirs en mars et avril 2013, uniques ou à répétition avec les séries télévisées.

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PS qui n’a rien à voir….

"Paradis: foi" d'Ulrich Seidl (Photo ARTE)

« Paradis: foi » d’Ulrich Seidl (Photo ARTE)

 

Dans le même numéro, « Positif » consacre dix pages à la « trilogie », (« Paradis :amour », « Parardis : foi » et « Paradis : espoir ») d’un cinéaste autrichien provocateur, Ulrich Seidl. Michel Ciment rebondit sur l’affirmation d’un de ses collègues, Jacques Mandelbaum, qui demandait dans « Le Monde » : « Pourquoi cette culture autrichienne, en cela unique au monde, produit-elle des antagonistes aussi extrêmes que Wolfgang Amadeus Mozart et Adolf Hitler ? ». Il complète la liste des duos antagonistes de quelques pays, Espagne ( Franco et Velasquez), Allemagne ( Goering et Beethoven), Angleterre ( Jack l’Eventreur et Shakespeare), Etats-Unis ( le sénateur MCCarthy et Hémingway), Italie (Mussolini et Michel Ange), Russie ( Staline et Stravinski), Chine (Mao et Confusius), et même France (Landru et Marcel Proust). Un exception toutefois : face à un choix entre Klee, Honegger, Ramuz et Giacometti, impossible de trouver un tueur en série compétent ! Cela valait bien un détour qui n’a rien à voir avec le sujet du jour. Flatteur, Michel Cim

17 mai 2013
12 h 46 min

De * »Homeland » à « Hatufim »

freddylandry @

Des éléments d’information apportés par un inquiétant document, «Drones tueurs et guerres secrètes» se glissent dans certaines séries comme «Real humain», «Homeland» ou probablement aussi «Hatufim». Et la frilosité romande dans la promotion et la diffusion de séries haut de gamme à forte valeur ajoutée étonne face au dynamisme d’ARTE.

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Drones tueurs et guerres secrètes

RTS1 vient de présenter un film intitulé « Drones tueurs et guerres secrètes » («Histoire vivante» – Dimanche 05.05.2013 – 21:00) qu’on peut revoir  sur « sept plus ». C’est un document français de Jean Martial Lefranc, avec la RTS au générique, qui donne des informations sur les drones, en particulier ceux qui sont dans les mains des USA. Cette image de contrôle vidéo vue dans « The gatekeepers » dans la bande de Gaza montre-t-elle un drone qui frappe une voiture, avec la seule certitude de savoir qu’un terroriste s’y trouve à son bord, pas seul, mais avec qui ? Un de responsables de la cellule anti-terroriste israélienne, Le Shin Beth, parlait à son propos du risque de condamnation  à mort d’innocents.

Drone tueur,extrait du document de Jean Martial Lefranc ( France5)
Drone tueur, extrait du document de Jean Martial Lefranc ( France5)

La robotisation accomplit d’immenses progrès, conduisant vers une autonomie de certains drones de plus en plus grande: il existera sous peu des engins aériens qui décideront seuls de tirer sur une cible. Ce problème de l’autonomie des robots est un des thèmes traités dans « Real Humain », la splendide série suédoise dont la première saison vient de prendre fin sur ARTE

Un drone tueur d’enfant

Une attaque par drone surveillée par l’armée américaine, en cours de préparation, ne peut pas être exécutée à cause de la présence d’un enfant, selon une directive humanitaire à respecter : oui, il en existe ! Un drone qui frappe une mauvaise cible joue un rôle essentiel dans la première saison de « Homeland ». Il a tué dans une cour d’école des dizaines d’enfants, dont le fils du terroriste Abu Nazir. Le prisonnier Brody a pourtant tissé des liens d’amitié avec cet enfant. Cette mort brutale joue un rôle essentiel dans la décision de Brody de la « compenser », lors de son retour en héros dans son pays,  par une tentative d’attentat contre le vice-président des USA qui a donné l’ordre initial.

La fiction, reflet de la réalité

La même image de la destruction d’un véhicule par un drone apparaît dans deux documents différents. La fiction illustre la réalité observée par le document de Jean Martial Lefranc, à  travers l’autonomisation des robots (« Real Humain ») et les conséquences de la mort d’un enfant (« Homeland ») . Elle s’interroge à sa manière sur ce que signifient les drones et leur emploi dans une guerre dite propre, parfois maintenant menée par des civils qui n’ont aucune règle à respecter contrairement aux militaires. « Homeland » propose ainsi une réflexion sur l’aveuglement de cette guerre nouvelle et une de ses conséquences inattendues, à travers le « retournement » de Brody par Abu Nazir. Ainsi se trouve introduite une notion  de « morale » à propos de l’emploi des drones.

Gidéon Raff

Gidéon Raff - auteur, scénariste et réalisateur de "Hatufim", co-auteur et co-scénariste de *Homeland"
Gidéon Raff – auteur, scénariste et réalisateur de « Hatufim », co-auteur et co-scénariste de *Homeland »

Dès le jeudi 9 mai 2013, ARTE, vers 21h00, diffuse en dix épisodes de près d’une heure chacun « Hatufim », la série qui est à l’origine de « Homeland », écrite, produite et réalisée par Gideon Raff, qui fait partie du trio des auteurs de l’écriture d’ « Homeland ». Même si les différentes entre les deux séries sont réelles, la présence de l’auteur de la série originale dans l’équipe de son adaptation garantit au moins l’esprit d’une approche. On imagine mal Raff se faire l’auteur d’une trahison de son projet.Il est possible que le coût d’un seul épisode du très spectaculaire « Homeland » représente celui de la première saison de l’intimiste « Hatufim ».

Nimrod ( à gauche) et Uri ( à droite ) ( Hatufim - arte - Vered Adir ) : pour faire connaissance avec les deux "revenants", après 17 ans de captivité ( Photo ARTE - Vered ADIR)
Nimrod ( à gauche) et Uri ( à droite ) ( Hatufim – arte – Vered Adir ) : pour faire connaissance avec les deux « revenants », après 17 ans de captivité ( Photo ARTE – Vered ADIR)

L’intelligence de la promotion

Pour ARTE, proposer à une heure de grande écoute certaines séries tient lieu d’opération de prestige, avec « Ainsi soient-ils » ( le tournage de la deuxième saison vient de commencer) ou la mise en valeur des meilleures offres scandinaves, « Borgen », « Real Humain » et l’attention désormais portée à Israël avec « Hatufim ». ARTE obtient  en France d’excellentes parts de marché, de l’ordre de cinq à sept pourcent, réunissant plus d’un million de téléspectateurs, ce qui dépasse sa largement sa moyenne annuelle qui oscille entre trois et quatre pourcent. La campagne de promotion autour d’ »Hatufim » est intense, au point de retenir l’attention aussi des trois magazines consacrés à la télévision de Suisse romande. Il est important qu’une chaîne culturellement ambitieuse comme ARTE soit fière de ses choix.

Talia Klein ( Yael Abecasdsis ),  l'épouse du revenant NImrod, avec ses deux enfants, Dana, 19 ans et Yatzav, 17 ans, qui ne connaissent pas leur père
Talia Klein ( Yael Abecasdsis ), l’épouse du revenant Nimrod, avec ses deux enfants, Dana, 19 ans et Yatzav, 17 ans, qui ne connaissent pas leur père

L’offre du journal « Le Monde »

Dans son supplément de dimanche 5/lundi 6 mai 2013, « Le Monde » consacre deux pleines pages à « Hatufim » décrivant dans un premier texte les différences plus que les ressemblances entre la série israélienne et son adaptation américaine. Un second texte s’intéresse à l’accueil de la série dans son pays d’origine

Les vendredis 3 et 4 mai, le premier épisode a été diffusé sur le site Lemonde.fr/hatufim, mais réservé à ses abonnés. Du 5 au 8 mai, l’accès en était gratuit.

« Hatufim » : à première vue

Excellent moyen de promotion que cette avant-première d’un épisode vu avec grand intérêt et d’emblée une inattendue émotion. Aucun doute : voici du haut de gamme avec forte valeur ajoutée.   Intimiste ? Même pas tellement, il y a plusieurs scènes de foules, des déplacements de véhicules, des avions. Cette attente de deux « revenants » et du cercueil d’un troisième est subtile et discrète. Ce sont en effet de vrais revenants après dix-sept ans de captivité qui ont conduit à de profonds changements. Ces rencontres tant attendues, tellement espérées deviendront rapidement inquiétantes ou tendues. Que vont se dire ce père et son fils Yatzav qui ne se connaissent pas ? Et comment sa fille Dana qui avait deux ans lors de son départ pour la guerre va-t-elle l’accueillir ? La musique, avec un minimum de décibels, accompagne presque tout le film en une sorte de complicité oscillant entre  discrétion et émotion partagée.

Amiel, celui qui ne revient pas, deviendra "réel" par la force de  l'imagination de sa soeur Yael
Amiel, celui qui ne revient pas, deviendra « réel » par la force de
l’imagination de sa soeur Yael

Frilosité romande

Disposer des droits pour la diffusion d’une série est une chose. Exposer cette série pour lui donner des chances de rencontrer un large public une autre, qui dépend partiellement du jour et de l’heure de diffusion. Sur Arte, « Borgen », « Ainsi soient-ils », « Real Humain » et désormais « Hatufim » furent ou sont proposés en premier rideau, le jeudi soir vers 21 :00. Il fallait attendre 23h00 environ pour les voir sur la RTS, « Borgen », « Ainsi soient-ils » ou un « Mad MEN » qui subit aussi une diffusion tardive.

Sur son site internet, « ARTE » consacre de riches dossiers à ces séries  haut de gamme à forte valeur ajoutée. Frileuse dans ce domaine ou avec les bandes de lancement, la RTS reste en retrait.

Concurrence parfois entre RTS 1 et RTS 2

 

Pour continuer de faire connaissance avec certains personnages de "Hatufim" : Nurit Halevy-Zach qui a épousé le frère du revenant Uri
Pour continuer de faire connaissance avec certains personnages de « Hatufim » : Nurit Halevy-Zach qui a épousé le frère du revenant Uri

Hier,  la RTS se fit concurrence à elle-même en diffusant simultanément « Borgen » et « « Ainsi soient-ils » en partie aux mêmes heures tardives. Aujourd’hui, elle propose « Homeland » à peu près en même temps qu’ »Arte » diffusait « Real Humain » ou diffuse « Hatufim »,  évident manque de coordination entre elle et une chaîne prétendue sœur et amie. Certes, le sériophile peut s’offrir les deux séries, l’une comme l’autre reprises durant sept jours sur les deux chaînes. Mais il y aura longtemps encore plus forte consommation lors du passage à l’écran que sur internet. Les nombres de visites sur ce dernier sont faibles comparés aux nombres de spectateurs annoncés en parts de marché.

Cette frilosité romande est regrettable, tant dans la manière d’exposer le meilleur des séries que la promotion faite pour y accéder. On se demande bien pourquoi. La programmation par la RTS  ressemble plus à celle de TF1, chaine commerciale généraliste qui lui fait concurrence sur le plan de la publicité qu’à  celle d’ARTE, chaîne généraliste bilingue qui se met au service d’un public certes plus étroit mais plus exigeant.

On se demande bien pourquoi « Les experts » ou « Hawaï 05 » sont mieux traités que « Mad men » ou « Borgen »! « Real humain » ou « Hatufim » resteront-ils longtemps ignorés par la RTS?  Addiction à l’audimate tenant pour une victoire toute diffusion précédent celle d’une chaîne francophone concurrente ? Manque d’envies ou manque de moyens ? Il y a quelque chose de « pourri » au royaume de Roger de Weck et de Gilles Marchand.

29 avril 2013
12 h 13 min

Séries : tour d’horizon

freddylandry @

La « valeur ajoutée »

Très heureuse, le formule utilisée dans son édito du Médiatic NO 176 par le président du Conseil du Public, Matthieu Béguelin, pour caractériser un genre en citant des exemples actuellement à l’écran – « Mad Men » et Homeland » -  ou récents – « Borgen » ou « Roma ». Attribuer cette réelle « valeur ajoutée »  à « Real Humans – 100% Humain »  présentée par ARTE ( jusqu’au 2 mai 2013 pour la première saison ) serait même parfaitement justifié.

Il vaut aussi la peine de rappeler l’excellente définition d’une série haut de gamme, donnée récemment  par un texte paru dans « Le Monde », laquelle doit être  « «  écrite comme un livre, réalisée comme un film, mise en scène comme une pièce de théâtre ». On y peut ajouter « sonorisée comme un opéra » pour ne pas oublier une bande sonore faite de la diction des acteurs, des bruits, de la musique.

Une image d'une série scandinave à dévouvrir prochainement, "Le pont" entre Danemark et Suède

 Une image d’une série scandinave à découvrir prochainement, « Le pont » entre Danemark et Suède

Au moins un soir par semaine

Les séries haut de gamme, donc à forte valeur ajoutée, ne sont pas encore très nombreuses. Une télévision généraliste de service public se doit de les faire connaître au public que souvent elle gave avec des séries policières unitaires à personnages récurrents, parfois complétées par des séjours en hôpitaux, qui ont la part belle chez les généralistes commerciales aspirées par les parts de marché.

Le Conseil du Public, appuyé par le Comité régional, semble bien avoir été écouté. On peut désormais voir « Homeland » le jeudi à la suite de « Temps présent » , donc un peu après 21 heures, plutôt que vers 23h00. Il serait même bien qu’une hirondelle ne soit pas seule à faire le printemps d’une bonne diffusion pour le meilleur des séries exigeantes. Et il est normal que les représentants du public se prononcent sur des principes de la programmation.

S’impose alors un bref tour d’horizon sur les séries récentes

Réal Humans – 100 % humain »

Décidément, la Scandinavie se porte bien, qui doit à la Suède cette superbe et étrange série. A quand son passage sur la RTS ? Et déjà on attend « Broen », une co-production entre la Suède et le Danemark, déjà adapté par la BBC, avec son cadavre trouvé sur la frontière qui traverse le  pont unissant ces deux pays. Ce ira  certainement, comme « Killing », au-delà d’une enquête menée par les polices de deux états.

malte, membre du trio qui voudrait complétement éliminer les "hubots" ( Real humans - photo arte)

Malte, membre du trio qui voudrait complétement éliminer les « hubots » ( Real humans – photo arte)

Des scientifiques ont su créer de presque parfaites répliques des humains, désormais vendues dans des grandes surfaces, rechargeables à partir d’une simple prise électrique. Il y a donc des robots domestiques, des rebelles, la famille Engman, les 100% humain d’un mouvement clandestin qui veut une société sans hubots. La haute technologie est parvenue à faire ressembler certains robots à des humains, capables de sentiments, d’émotions les plus subtiles. Troublant, inquiétant, prometteur peut-être d’une nouvelle harmonie ! Et il ne suffit pas de remplacer « hubot » par exemple par « noir » pour cerner la série !

La famille Engman, un couple avec deux ados et une fillette, avec ses proches voisins, est au centre du récit, d’autant plus aisément qu’ Anita, un récent achat en magasin, fait désormais partie presque intégrante de ce milieu de la classe moyenne suédoise.

Les personnages féminin sont peut-être mieux dessinés que les masculins. Inger Engman, avocate, prend fait et cause pour des hubots en offrant une étrange ressemblance avec la présidente du gouvernement de « Borgen ». Anita, Mimi rebelle enlevée, est bien  proche de ses employeurs. Béa appartient au trio du mouvement clandestin, identité bien masquée.Une femme pasteur accueillante forme un couple normal avec une amie. Ceci pour ne dire que deux ou trois des premières choses que l’on découvre dans « Real humans »

La deuxième saison d’ »Homeland »

Revenu en héros aux USA en 2011 après avoir été détenu par des islamistes en Irak pendant sept ans, Brody, lancé dans la politique, va est très proche du vice-président des USA. Carrie, l’agente bipolaire de la CIA, certaine à juste titre que Brody a été retourné contre son pays, a été chassée de  l’agence. Elle a fait une grave rechute et est devenue institutrice.

Saul, le supérieur direct de Carrie à la CIA

Saul, le supérieur direct de Carrie quand elle appartenait encore à la CIA

La guerre d’Irak est donc terminée. On est installé aux  USA tels qu’ils sont devenus dix ans après septembre 2001. La chronologie de la première saison avait le mérite de la plausibilité.

En va-t-il de même en deuxième saison ? Au Moyen-Orient, quatre des cinq installations liées à la potentielle bombe atomique iranienne ont été bombardées. Beyrouth est à nouveau partiellement détruite. Quel est donc la date de ces nouvelles actions, qui se déroulent après 2011 ? Serions-nous entrés dans le futur, autrement dit dans de la pure fiction, alors que la première saison était parfaitement intégrée dans le très proche passé ? Ce Beyrouth partiellement en ruines aurait provoqué des protestations au Liban !

Malgré cette incertitude sur le temps des actions, « Homeland » garde son efficacité, sa subtilité, la puissance de ses événements et les contradictions de comportements des personnages.

« Mad Men » en cinquième saison

Cette série si plausible, qui se déroule dans les années soixante, peut presque être considérée comme « historique ». La vie de l’agence de publicité oscille entre succès et difficultés, les membres de cette équipe à la fois unie et désunie vivent avec intensité leurs multiples contradictions, entre eux et en eux. Passer une soirée avec eux chaque semaine, c’est presque participer à une sorte de rencontre avec des copains proches ou insupportables, changeants ou pareils à eux-mêmes.

La clope omniprésente, y compris chez les femmes élégantes et rousses

La clope omniprésente, y compris chez les femmes élégantes et rousses

Pour certains jeunes, cette série est celle où tout le monde tire sur sa clope tout le temps, élément qui permet de souligner le fait que la série appartienne bien à l’Histoire, certes récente. Et que cette fumée permanente est bien le  reflet d’une immense réussite commerciale, celle des fabricants de cigarettes qui ont  su importer leur produit aux générations successives.  A propos de  fumée : les américains ne fument que rarement le cigare et les fumeurs de pipe y sont rares ? Autre preuve de la victoire des vendeurs de clopes ?

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PS : « Jo » et « Candice Renoir »

« Jo » ( RTS le vendredi vers 23h00   et TF1 le jeudi dès 21h00), produite par TF1 et « Candice Renoir » ( France 2 le vendredi soir vers 21h00 ), à première vue, ne présente pas grande valeur ajoutée. Pour saluer la présence  française dans le haut de gamme, il faut se souvenir d’ « Engrenages » et « Caïn » et attendre avec impatience « Un village français »

 

 

21 avril 2013
14 h 01 min

Notes de lecture autour de la notion de « Série haut de gamme »

freddylandry @

 

Marquer un temps d’arrêt peut servir à éclaircir des idées. Une chose est de présenter et de défendre des série dignes d’être aimées comme nous le faisons (trop ?) souvent, une autre de profiter d’un temps de lecture pour bénéficier d’un peu de recul.

Sur les séries, voici quelques premières raisons d’être attentifs à une publication du journal « Le Monde »  

Vient de paraître ….

Trouvé en kiosque, il y a vingt-et-une heures, un « Hors-série » du journal « Le Monde », intitulé « La vie en séries ». Noté en première page le prix en francs suisses, 12,50, qui correspondent à 7,50 euros, soit un taux change à 1.60 CHF pour 1 euro : on a rencontré de pires taux !

Déjà pris au moins trois heures pour faire connaissance avec le  contenu d’une centaine de pages, en parcourir certaines, en lire d’autres en soulignant des bouts de textes. Passionnant ; enfin, pour les sériophiles !

Ce hors-série est formé de reprises de textes publiés et de nouveautés. On y trouve presque toutes les séries qui retiennent notre attention de blogueur depuis des mois, voire des années !

En couverture du "Hors-série", Michael C.-Hall (photo TF1), dans "Dexter". Au moins indirectement une "présence" romande, la RTS seule au monde à refuser de diffuser la remarquable et provocante "Dexter"

En couverture du « Hors-série », Michael C.-Hall (photo TF1), dans « Dexter ». Au moins indirectement une « présence » romande, la RTS seule au monde à refuser de diffuser la remarquable et provocante « Dexter »

Sur les vingt séries classées à partir des avis de neuf intervenants dans le « Hors-série », la moitié entre dans ma propre liste. On vit donc dans le même univers. Dans la liste, il y a « Dexter » !

Bien entendu, les USA mènent le bal. Mais il y a place aussi pour l’Angleterre, la France, la Scandinavie, Israël et quelques autres. Mais, signe révélateur, pas la moindre allusion à des séries suisses romandes ! ( fyly – 18.04.2013 – 09h30 )

Art en séries

« Le Monde », (édition du samedi 20 avril 2013), dans le supplément « Culture et idées » consacre deux nouveaux textes aux séries. Oui, mais lesquelles, puisqu’elles sont si nombreuses diffusées sur la grande majorité des chaînes ? Reprendre une fois de plus l’expression « série haut de gamme » ou «  série exigeante et pointue » reste insuffisant. Il faut trouver une autre approche : par exemple celle-ci.

Enumération pour le haut de gamme

Dans le premier texte signé Nils C.Ahl,  j’ai souligné en rouge les titres cités. Voici la grande majorité de ceux qui couvrent les années 1990 à nos jours : « Dream on », « Oz », Sex in the city », Les Sopranos », « Six pieds sous terre », « Sur écoute- The Wire », « Deadwood », « The shield », « Nip-Tuck », « Damages », « Californication », « Dexter », « Homeland », « Mad Men ».

Quelques rappels sont faits à des « ancêtres » comme « Le prisonnier » ( 1967-1968), « Berlin Alexanderplatz » ( R.M.Fassbinder, 1980), « Twin peaks » ( David Lynch, 1990-1991), « L’Hôpital et ses fantômes » (Lars vonTrier – 1994-1997), « Urgences » ( 1994-2000).

Au centre de la série, la famille Engman. De gauche à droite, Mathilda, Hans, Tobias, Sofia et Inger (Photo Arte, Johan Paulin)

Au centre de la série, la famille Engman sans le grand-père. De gauche à droite, Mathilda, Hans, Tobias, Sofia et Inger (Photo Arte, Johan Paulin)

Bien entendu, allusion est faite à « Real Humains / 100% Humains » dont la carrière vient de commercer sur Arte. Un entretien avec la cinéaste polonaise Agnieszak Holland » qui travaille aux USA et a signé quelques numéros de « The wire-Sur écoute » ou « Treme » sert en quelque sorte d’introduction à un texte consacré à la série que le chroniqueur considère comme la meilleure jamais réalisée à ce jour, « THE WIRE – SUR ECOUTE ».

Les robots rebelles, du groupe "Enfants de David", dirigés par Niska ( Photo Arte, Johan Paulin)

Les robots rebelles, du groupe « Enfants de David », dirigés par Niska ( Photo Arte, Johan Paulin)

Dans le Hors-série, les auteurs des textes ont indiqué les vingt meilleures séries selon leur goût. Une moyenne a été faite. La moitié des titres de la liste des vingt sont cités ci-dessus. Il y a donc une grande cohérence entre les deux interventions du « Monde », chose du reste sans surprise.

Une autre liste pour faire contraste

Où trouve-t-on « Les experts », « New York unité spéciale », « Vive la colo », « Rizzoli & Isles : autopsie d’un meurtre », « Section de recherches », « Body of proof », « Hawai 5-0 », « NCIS : Los Angeles », « Candice Renoir », »Esprits criminels », « Grey’s Anatomy », « Jo », certains titres apparaissant au cours de  la même soirée avec trois numéros différents ?  Ces titres sont tirés des programmes du 13 au 26 avril 2013 de quatre chaînes généralistes, deux commerciales, FR1 et M6, deux de service public, RTS1 et France 2, les deux dernières guère différentes des deux premières, entre 20h30 et 23h00, en plein premier rideau et en amorce du deuxième. Et cela fait beaucoup de policiers armes à la main qui enquêtent à propos de nombreux cadavres. C’est ce que certains nomment « offres diversifiées » !

Une exception : depuis deux semaines, la RTS présente deux épisodes de « Homeland » le jeudi vers 21h15 après « Temps présent ». Pour un fois, la RTS est un peu plus proche d’ARTE qui aura proposé durant la même période « Reals Humans » ( jeudis dès 20h50) ou « Charlemagne » ( samedi dès 20h50).

Dans leur sécheresse, les deux listes montrent bien que l’on ne parle pas de la même chose.

Définition d’une série d’auteur

"The wire- sur écoute" : la meilleure série jamais réalisée ? ( Photo HBO)

« The wire- sur écoute » : la meilleure série jamais réalisée ?      ( Photo HBO)

Citons une fois encore le texte du  MONDE signé Nils C. Ahl.

Une grande série est « écrite comme un livre, réalisée comme un film, mise en scène comme une pièce de théâtre. Cette définition permet d’approcher « The wire », «  la plus emblématique sans doute des productions ambitieuses et exigeantes ayant vu le jour à partir des années 2000.

« Avant de réaliser quelques épisodes, je l’ai regardée(..) Et j’ai trouvé que c’était un grand roman américain qui racontait l’Amérique comme le cinéma ne la racontait pas » C’est ce que dit de sa propre démarche créatrice Agnieszka Holland, en une approche originale d’un travail de »commande » !

16 avril 2013
16 h 34 min

Jeudi 18 avril 2013

freddylandry @

Bonne nouvelle : la programmation d’ »Homeland » sur RTS1 à une heure de grande écoute. Mais cette programmation pour le grand public subit les effets d’une concurrence interne et externe. Regrettable !

 

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Il en aura fallu du temps pour qu’une série récente , de haut niveau, intelligente, bien faite, riche de sens ait droit, sur RTS 1, à une heure de diffusion digne de ses qualités. Les qualités de « Homeland » furent saluées dès la première saison, en septembre 2012

Pourquoi cette apparition, peu après 21 heures plutôt que 23 ? Faut-il l’attribuer à l’insistance du Conseil du Public qui aura su sensibiliser le Comité Régional de la RTSR ? Des regrets individuels souvent exprimés ici n’eurent probablement guère d’effets. Voici en 2ème saison de douze épisodes montrés deux par deux pendant six semaines, « Homeland » accessible au plus grand nombre.  Tant mieux et bravo !!

2013. Homeland saison 2

Claire Danis – Carrie Mathison face à elle-même (Fox-RTS)

Se faire concurrence à soi-même : Homeland contre « The killing » et « The killing » contre « Hung »

Il y un « mais » ! Sur RTS 2 démarre à 22h45, une série de bon niveau, la version américaine de « The Killing » d’origine danoise alors que « Homeland » se termine après 23 heures. Un grand bravo, ironique cette fois, pour cet art difficile de se faire concurrence à soi-même.

Et ce soir-là, on n’a pas raté l’occasion d’en rajouter. Alors que « The killing » se déroule sur TSR 1 DE 22H45 à 00H20, voici sur RTS 2 « Hung », une série amusante, coquine qui démarre à juste après minuit pour prendre fin à 01h00.

Il arrive souvent que le secteur des sports, vice-roi de la RTS, donc aussi de la SSR-SRG, se trouve face à des doublons. Tout est alors fait pour en informer le public, annoncer largement à l’avance un différé, envoyer ce public sur internet ou sur un autre canal suisse avec commentaire en français. Assurément, il est plus facile de suivre deux compétitions sportives en pitonnant de l’une à l’autre que de sauter d’une série à l’autre. Les responsables des sports, eux, respectent leur public en multipliant les informations données par les commentateurs. Ceux et/ou celles qui s’occupent de diffuser les séries de fiction remplissent des cases horaires sans se poser aucune question !

Carrie Mathison devant lesa affiches de la campagne électorale du candidat Brody  ( photo Fox-Rts)
Carrie Mathison devant les affiches de la campagne électorale du candidat Brody
( photo Fox-RTS)

A tout prix, précéder la concurrence française

Un robot suffirait pour prendre la responsabilité d’une partie de la programmation des séries à la RTS. L’important, pour ne pas dire l’essentiel, c’est de programmer une série  parfois un  jour ou deux avant son passage sur une chaîne francophone concurrente. Audimate et part de marché obligent ! Cela conduit  à certaines aberrations comme par exemple avec « Le silence des Eglises »  (Nous y reviendrons).

Ce robot posséderait la liste des séries prêtes à être diffusées. Il se procurerait les programmes  des chaines françaises dès que possible pour montrer sur RTS1 ou RTS2, à n’importe quelle heure,  les séries annoncées en France. Les généralistes commerciales comme TF1 et M6 ont un goût très prononcé pour lancer les uns après les autres non pas deux mais parfois trois ou plus épisodes d’une série. Bien entendu, on imite les voisins dans cette étrange attitude qui consiste à faire d’une série dont on ne devrait déguster qu’un épisode d’environ une heure par semaine, pour retrouver la durée du cinéma avec des longs métrages.

Robots aux bornes de recharge vitale
Robots aux bornes de recharge vitale ( Photo Arte)

Concurrence indirecte faite à Arte ?

Face à « Homeland », « The Killing » et « Hung »,le sériophile trouve le jeudi soir pour quelques semaines encore une série suédoise de très grande qualité, « Cent pour humain », qui aura passé sur le tête des acheteurs de la RTS. »Sur Arte,  « Real Humans »apparait de 20h50 à 22h50 alors que « Homeland » se déroule donc sur RTS1 entre 21h20et 23h10 ». Que faire ? Enregistrer une des deux séries ?  Profiter le l’offre sur internet pendant les sept jours qui suivent la projection, ce qu’Arte annonce largement vouloir faire ?

De quel droit parler de concurrence faite à Arte ? Que diable, la RTS n’a pas à tenir compte des opérations de prestige conduites par Arte qui aura enregistré de très bonnes audiences, largement supérieures à sa moyenne, tant avec « Ainsi soient-ils » que « Real Humans ».

 

Geste de tendresse entre un robot domestique et sa patronne ( photo Arte)
Geste de tendresse entre un robot domestique et sa patronne  (photo Arte)

Les liens sont étroits entre la SSR-SRG et Arte, en particulier associées dans de nombreuses co-productions, surtout dans le documentaire. Impossible d’imaginer les partenaires du secteur documentaire se livrant à une petite guerre les uns contre les autres. En fiction, dans les séries, la RTS pratique l’art du n’importe quoi, même quand elle se décide à mieux exposer une série qui va certainement tenir ses promesses.

25 mars 2013
18 h 04 min

« OsKar » n’était pas à « Infrarouge »

freddylandry @


Pas de complément « verbal », seulement quatre illustrations, quatre « commentaires » signés Mix&Remix. Les participants à chaque débat ne se rendent probablement pas compte du sens de ces interventions. Le comprendrait-il que cela pourrait bien donner lieu à quelques empoignades désordonnées. Savourons l’impertinence provocatrice !

Si vous dites « Oskar », écrit avec un « k », vous êtes valaisan.  Vous employez « Freysinger » ou même « Monsieur » ?  Vous êtes d’ailleurs. Mais vous savez que les dernières élections valaisannes, deuxième tour compris, ont mis en lumière quatre faits : le brillant résultat d’Oskar, qui n’est pas forcément celui de l’UDC, le progrès d’un tour à l’autre de Mme Waeber-Kalbermatten, socialiste, haut valaisanne et femme , fort spectaculaire,  le PLR qui disparaît de l’exécutif, la majorité relative  du PDC  au Grand Conseil qui conserve pourtant l’absolue au Conseil d’ETAT.

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« L’Hebdo », (21.03.2103), a décerné des compliments à l’émission de mots ( dite « talk-show ») la plus réussie, en multiples catégories, participatif, libre, littéraire, expert, convivial : que des victoires françaises ! On y prend tout de même le pouls suisse romand, celui qui bat assez bien avec le « Pardonnez-moi » de Darius Rochebin, l’autre qui bat de l’aile, à « Infrarouge ».

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Esther Mamarbachi met  en cause l’étroitesse du bassin de population pour renouveler le panel des invités. Elle devrait pourtant s’interroger sur les choix de ses sujets. Des quatre axes de l’élection valaisanne, elle ne retient que celui qui concerne « Oskar », lequel d’ailleurs n’aurait pas voulu ou pu honorer l’émission de sa présence !

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C’est quoi, un bon conseiller d’Etat, demandait Esther M, sensibilités PDC et PLR absentes du débat ? Pour contribuer à la réponse, deux présences neuchâteloises. Frédéric Hainard reste tout de même assez discret. Et le candidat Yvan Perrin, regard étrange, se porte bien, foi de son médecin!

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18 mars 2013
15 h 20 min

L’importance de « The Gatekeepers »

freddylandry @

Une organisation israélienne

Le « Shin Beth » ( ou Shabak) est une organisation de l’Etat d’Israël dont la mission principale, depuis des décennies, est la lutte contre le terrorisme, celui des palestiniens, des islamistes, mais aussi des israéliens extrémistes, de droite y compris. L’un de ses dirigeants, Ami Ayalon, se réfère à Clausewitz pour qui la victoire est la capacité de créer une réalité politique meilleure, mais reconnaît presque douloureusement que nous gagnons chaque bataille mais nous perdons la guerre.

 

Ami Ayalon

Ami Ayalon

Une bataille perdue

Le « Shin beth » a reçu des gouvernements successifs mission de protéger ISRAël contre le terrorisme des Palestiniens, mais aussi celle de surveiller les extrémistes israéliens, associés souvent à la droite religieuse. Il a perdu au moins une bataille. Isaac Rabin, en 1995, auquel le responsable de l’organisation avait conseillé de porter un gilet pare-balles ce que le président du gouvernement refusa de faire, a été assassiné par un fanatique religieux. L’organisation n’avait jamais inscrit son nom dans les listes pourtant bien remplies des activistes à surveiller.

Le succès du document

L'affiche du film

L’affiche du film

« The gateekkpers » est un film israélien de Moreh Dror qui s’est retrouvé parmi cinq autres documents du monde entier dans la cours à l’oscar, sans l’avoir gagné. La RTS ( dimanche 3 mars avec reprise lundi 4 sur RTS 2 ) et ARTE ( mardi 5 ) l’ont proposé à leurs publics. Le passage sur ARTE a donné, en France, une part de marché de près de 4 %, frôlant le millions de spectateurs.

Gros efforts de promotion

Un gros effort avait été fourni par ARTE pour sa présentation du mardi, avec force articles de presse. La RTS en a fait son « Histoire vivante » qui propose cinq heures de radio du lundi au vendredi de 20h00 à 21h00 sur « La première » alors que la RTS en fait l’attraction du dimanche soir. Un lien est aussi annoncé avec « La Liberté », associée à l’opération dans son édition du 1 mars, avec une page entière empruntée à Annette Lévy-Willard parue dans « Libération ».

 La force du « Verbe »

Dror Moreh

Dror Moreh

« The gatekeepers » de Dror Moreh est un remarquable document de nonante minutes d’une grande simplicité. Les entretiens avec des anciens dirigeants du « Shin Beth » sont conduits devant un décor qui ressemble à un centre de commandement avec multiples cartes ou écrans. Entre les plans « parlés » en hébreu mais traduits, sans masquer les voix de chacun, s’intercalent des documents filmés et des photographies qui évoquent des événements dont quelques-uns désormais inscrits dans l’histoire.  Le point fort, c’est le « Verbe ».

Les patrons en plein doute

Les anciens chefs du « Shin Beth » ont tous ou presque admis qu’il ne peut être question de morale dans la lutte anti-terroriste, au point que le travail de l’organisation a ramené les attentats de quelques centaines à petites dizaines par année. L’efficacité du « Shin beth » était réelle, mais en quelque sorte amère.

Le « mission » des anti-terroristes,  vaincre le terrorisme, n’est donc pas créer de meilleures conditions politiques pour éviter la poursuite de la guerre. Il y a dans l’action dirigée par les témoins mis en confiance par Moreh une totale absence d’esprit de vengeance, mais aussi une totale impossibilité de s’en tenir à des règles de morale.

Les "patrons" successifs du

Les « patrons » successifs du Shin Beth

L’absence d’une vision politique

Faute d’une réponse politique, et clairement une vraie négociation politique entre Israël et les Palestiniens pour la création d’un état palestinien, la mission au final est un échec. Cet échec, pour les anciens chefs du « Shin beth » est celui des politiciens qui n’ont pas su ouvrir de vraies négociations conduisant à la coexistence de deux états. Ils portent la responsabilité de la situation actuelle qui continue d’être dans une impasse

L’un des anciens patrons finit dès lors par expliquer que, une fois quitté l’organisation, il a couru le risque de devenir gauchiste tant est grande cette absence de vision politique, qui devrait forcément conduire à négocier les conditions de la coexistence de ceux états. Et c’est pour lui chose douloureuse que de le dire.

Les patrons du « Shin Beth »  ont ainsi fait preuve d’un réel courage politique en exprimant leurs réserves fondamentales sur la mission qui fut la leur. Ils ont ainsi fait la démonstration de l’existence d’une totale liberté d’expression sur les limites d’une politique dans le pays qui est le leur et cela semble-t-il sans encourir de poursuites.

Le récent renouvellement des autorités législatives israléliennes fut décevant par Benjamin Natanayou. Un fort courant, 20 % des sièges, a suivi Yaïr Lapil, un ancien animateur de la radio devenu ministre des finances, dans un gouvernement de coalition. Selon certains observateurs, la projection de « The gatekeepers » aurait contribué à succès d’un partisan de nouvelles négociations avec les palestiniens.

Yaïr Lapid

Yaïr Lapid

L’attaque aveugle, par des drones.

L’un des participants évoque l’incroyable situation dans laquelle il s’est trouvé au moment où il fallait donner l’ordre de tirer sur une cible humaine repérée sans savoir si des innocents n’étaient pas aussi dans le champ. L’exécution réussie à l’aveugle n’allait pas sans profonde interrogation par la suite. Sur ce récit, l’image montre un véhicule suivi sur un écran qui se déplace et l’effet du tir.

En fait, la bataille qui alors se déroule est assez nouvelle. Elle est purement technique. C’est ainsi que l’Amérique d’Obama livre guerre en Asie, qui connut un sommet de réussite avec la mise à mort de Ben Laden, fait un recours aux drônes.

De « Gatekeepers » à « Homeland ».

Arbitraires, les considérations qui suivent ? Peut-être bien. Dans une série israélienne, « Hatufilm », le scénariste Gidéon Raff relate le retour de deux soldats israéliens en Israël libérés après sept ans de détention. Il s’y interroge sur difficulté de réintégration dans la vie civile après un puissant traumatisme provoqué par la guerre.

Les américains de HBO ont décidé d’adapter la série de Raff en associant le scénariste israélien à leur travail. Le résultat est largement connu, c’est « Homeland » La première saison a déjà été diffusée en Suisse. La décision de tourner une troisième est prise.

Carrie Mathinson ( Claire Danes ) et Saul Berenson (Mandy Patinkin, deux agents de la CIA, la première subordonnée du second

Carrie Mathinson ( Claire Danes ) et Saul Berenson (Mandy Patinkin, deux agents de la CIA, la première subordonnée du second

Il s’agit aussi de savoir comment des anciens prisonniers retenus en IRAK se réintègrent dans la société américaine. On verra le rôle fondamental joué par les dégats commis par aveuglément par un drome dans la série, dégat qui a contribué au traumatisme causé sur des anciens combattants de retour au pays. « Homeland est ainsi en partie une réflexion sur cette nouvelle forme de bataille de pure technique, avec des drones qui eux sont aveugles quand ils obéissent à des ordres techniques.

Carrie et Saul, devant deux images d'anciens combattants : coupables ? non-coupables ?

Carrie et Saul, devant deux images d’anciens combattants : coupables ? non-coupables ?

L’audiovisuel contemporain, qu’il s’exprime dans « The gatekeepers », un document, que dans « HOMELAND », une série télévisée ou  encore dans « Zéro Dark Thirty », le film de Kathryn Bigelov, aborde de front la guerre moderne et exprime ou fait sentir les réserves qui s’imposent.

11 mars 2013
13 h 02 min

Séries et film d’auteur mal programmés par la RTS

freddylandry @

Les séries étrangères programmées trop tardivement par la RTS sont souvent les meilleures : un avis personnel, certes, mais largement partagé. Une fiction helvético-argentine fortement soutenue par la RTS et récompensée par la SSR-SRG pour son succès artistique présentée à minuit sur RTS 1 : de quoi s’étonner !

 

2011. L'heure du secret

L’équipe gagnante de « L’heure du secret », Elena Hazanov et Alain Monney. Il y aura une deuxième saison. Une série romande bien meilleure que « Port d’attache ».

Une œuvre audiovisuelle contemporaine, c’est aussi bien un film court ou long, de fiction, de documentation ou d’expérimentation qu’une série télévisée, de fiction et de documentation. Les séries sont à prendre désormais en considération comme n’importe quel film. C’est dans ce domaine que l’audiovisuel contemporain apporte les plus belles surprises.

La RTS met bien en valeur ses productions propres !

La conception générale, depuis des années, de la programmation de la RTS est bonne, puisque le temps de diffusion le plus suivi (entre 19 et  environ 23h00, le  premier rideau au sens large), fait place à la majorité des productions de l’entreprise. L’information, la documentation, les magazines, le divertissement sont ainsi bien mis en valeur. Une série romande ambitieuse mais décevante comme « Port d’attache » a été présentée en premier rideau. On peut certes regretter l’invasion de RTS 2 par les sports. Mais deux domaines sont actuellement malmenés,  les séries haut de gamme, qui sont toutes étrangères ainsi que le cinéma d’auteur, suisse y compris.

Deux séries de séries

L’information moderne du multimédia traite souvent de questions même importantes en quelques centaines de signes  dans « 20 minutes »  ou nonante secondes dans un téléjournal. Faisons de même à  la hache en employant insuffisant, suffisant et bon pour caractériser les séries de deux séries de séries inédites présentées entre le 23 février et le 1 mars 2013. Les semaines précédentes comme les suivantes lui ressemblent

En premier rideau, cela donne « esprits criminels », suffisant ; « Revenge », suffisant ; « NCIS », suffisant ; « Hawaï 5-0», insuffisant.

Glenn Close, en avocate cheffe d'entreprise dans "Damages"

Glenn close en avocate cheffe d’entreprise dans « Damages »

En deuxième rideau et en nocturne, on trouve « Mad men », 4ème saison, lundis dès 23h00 – bien ; « Damages », 3ème saison, jeudis dès 23h00 ( sur RTS 2). – bien ; « Hung », jeudis, dès 23h30, bien ; « The hour », 2ème saison, vendredis dés 23h00, bien. Et comme ces séries sont présentées en duos, cela se termine après 00h30. Le « suffisant » aux meilleures heures, le « bien » tardivement !

Le personnel des débuts de l'entreprise de publicité de "Mad men" dans les années soixante

Les fondateurs d’agence de publicité dans les années soixante : « Mad Men »

Le clan des défenseurs de séries gagne du terrain régulièrement. C’est ainsi que  Sandrine Cohen ( TV 8 du 23.02.2013) déroule Le tapis rouge pour les séries. Sur le petit écran de « notre » télévision, les meilleures séries « bénéficient »  donc d’une diffusion tardive : le feu rouge est mis, mais pour la programmation !

Le populaire de qualité

Pendant le règne de Nicolas Bideau sur le cinéma suisse à la section du cinéma de Berne, belle place  fut faite à la notion de « film populaire de qualité ». On arrive à mesurer le populaire, avec le nombre d’entrées dans les salles ou l’audimate pour le petit écran. Mais là le nombre de téléspectateurs est plus révélateur que le pourcentage – un cinquante pourcent de PDM en Suisse romande quand huit cents mille personnes regardent le petit écran, c’est quatre cent mille.  Quand il y a dix mille spectateurs encore éveillés à une heure du matin, cela donne cinq mille. Mais c’est chaque fois cinquante pourcent de pdm !

Comment définir la qualité ?

Le box-office comme l’audimate mesurent assurément la quantité. Bien plus délicate est la mesure de qualité, qui pourtant n’est pas seulement une affaire de goût personnel. On s’est rendu compte, en Suisse, comme du reste ailleurs, qu’il fallait trouver des indices de qualité. Tant le Confédération que la SSR disposent maintenant d’un instrument de mesure qui commence à être fiable. Il s’agit de porter à l’actif d’un film sa participation fondée sur des sélections à des manifestations, ce qui vaut aussi bien pour des césars, des oscars ou des quartz du cinéma suisse lors d’une  présence dans des festivals reconnus d’une certaine importance, y compris sur la piazza grande le soir à Locarno.

Kevin Mottet Klein, "L'enfant d'en haut", met en vente le fruit de ses rapines

Kevin Mottet Klein, « L’enfant d’en haut », met en vente le fruit de ses rapines

Succès artistique SSR-SRG

C’est ainsi que la SSR-SRG a décidé de consacrer dès 2013 cinq cent mille francs par année à cette notion de succès artistique en créant quatre catégories, fictions, documentaires, courts métrages et courts films d’animation, séries exclues.

C’est ainsi que quatre long-métrages viennent d’être retenus, « L’enfant d’en haut » d’Ursula Meier (cent cinq mille francs ), « Giocci d’estate » de Rolando Colla, « Abrir puertas y ventanas » de Milagros Mumenthaler, ( chacun septante mille) et « L’intervallo » de Leonardo Di Constanzo ( trente-cine millle). Les montants ainsi obtenus  sont loin d’être négligeables. Ils participent à la poursuite d’une carrière de production et de réalisation.

La SSR et Milagros Mumenthaler

La RTS a co-produit le film tourné en Argentine par Milagros Mumenthaler, qui a obtenu à Locarno le Léopard d’or en 2011. Cette récompense a permis à ce film helvético-argentin de participer à de nombreux  festivals, mais aussi d’être distribué dans plusieurs pays, la France en particulier.

La SSR-SRG, avec son nouveau critère ci-dessus décrit confirme le succès artistique du film en lui accordant aussi une agréable récompense en bon argent. On admettra donc que la carrière du film et les réactions à son égard permettent de le classer parmi ceux qui ont indéniablement des qualités. Peut-être même que le film est populaire.

Aux oubliettes à minuit !

Certes, de ce film, il n’existe pas de version doublée en français  seulement une sous-titrée. On comprend qu’il eut été autant difficile que délicat de le présenter dans « Box office » un lundi soir peu avant vingt-et-une heures.

Mais le proposer le 12 février 2013 sur RTS 1 à minuit, c’est  aberrant et finalement méprisant pour tous ceux qui  défendent ce film. La programmation du cinéma d’auteur montre une fois de plus sa toute-puissance dévastatrice contre le cinéma d’auteur dont la qualité a ici été largement reconnue par d’autres collaborateurs de l’entreprise. On pourrait citer d’autres exemples.

Les trois soeurs du film de Milagros Mumenthaler : rencontre à minuit sur la RTS !

Les trois soeurs du film de Milagros Mumenthaler. Un succès artistique pour la SSR présenté à minuit par la RTS !!

Quelques mots sur le film

Trois jeunes femmes se retrouvent dans une pavillon de banlieue,  tristes, seules, à la mort de leur grand’mère qui s’occupaient de ces orphelines. Comment « ouvrir portes et fenêtres », (vague traduction du titre espagnol) d’une maison sur une vie normale, sur le travail, sur une formation, sur l’amour, quand on est plus ou moins enfermées dans une cuisine, un salon avec téléviseur, un jardin avec hamac ? Un film d’une belle sensibilité qui ne se donne pas facilement

 

28 février 2013
6 h 03 min

Huit heures de Chine

freddylandry @

La Chine ? Elle s’éveille puis s’affirme et aujourd’hui domine. Cette Chine, lors des événements de 68 fit même croire à un ami politicien qu’elle allait envahir physiquement le reste du monde ! Elle vient seulement d’occuper durant cinq heures « La première » du lundi 11 au vendredi 15 février 2013 en début de soirée et durant trois autres RTS 1 le dimanche 17. Mais qui donc parmi les auditeurs et téléspectateurs aura consacré autant d’heures à ce pays, entraîné par la convergence réussie de nos deux médias ?

Jean-Michel Carré, maoiste libertaire en 1968

Jean-Michel Carré, maoiste libertaire en 1968

Pour ma part, ce furent deux heures en direct pour  « Le Chine s’affirme » puis « La Chine domine » sur le petit écran et un recours à internet pour la première heure de télévision. « La Chine s’éveille » et une pour l’entretien en  radio avec le réalisateur de la mini-série Jean-Michel Carré (Emission du vendredi 15 ). Mais trois heures de télévision sur le même sujet, un dimanche soir, c’est tout de même une aberration programmatique!

La Chine s'affirme

La Chine s’affirme

Très  difficile, bien sûr, de résumer ces quatre seules heures. Intéressant, par contre, de s’arrêter aux regards portés sur la Chine. Le réalisateur joue franc jeu à la radio. En 1968, il avait vingt ans, reconnaît avoir été maoïste sans appartenir à un groupe sectaire ou stalinien : il était maoïste libertaire ! Voilà qui est clair.

ai Wei Wei,dissident

ai Wei Wei,dissident

Il a fait un autre choix tout aussi clair : n’interroger que des chinois, de tous milieux, un paysan, un ouvrier, un professeur de statistique, un historien des religions, un philosophe, un spécialiste des relations sino-africaines, un dissident, etc. L’un d’eux est devenu maoïste après l’accès de Mao au pouvoir. Les témoignages contradictoires, d’une réelle honnêteté intellectuelle, permettent une approche passionnante pour mieux connaître la Chine précieux et redoutable partenaire économique. Une admiration jamais aveugle aura coexisté avec des réserves lucides.

La Chine triomphe, ici avec une masse spectaculaire

La Chine triomphe, ici avec une masse spectaculaire

Lire entre les images

Le téléspectateur dispose même de la liberté de lire entre les images commentées par le réalisateur. Par exemple, quel sens donner à la mode vestimentaire, ces anciens cols « maos » des images anciennes souvent encore en noir -blanc et les parfois éclatantes cravates sur des chemises portées aujourd’hui par les cadres en Chine comme dans le monde entier. Ou tout à coup, des détails dont on se demande quel sens ils peuvent bien prendre. Frappent à plusieurs reprises des plans du passé, aussi en noir-blanc, avec foule où les porteurs de lunettes sont en très grand nombre. Les plans équivalents de ces dernières années, dans des foules encore, ne montrent que de rares porteurs de lunettes. Hasard, ou signe d’un réel progrès dans de la médecine de la vue?

la Chine au travail

La Chine au travail

La politique de l’enfant unique

Entre les années 1970 et 1980, le fécondité chinois a chuté, mais pas assez selon le gouvernement. Ainsi Deng Xioping mit en place la politique de l’enfant unique, un par famille, pour améliorer le niveau de vie de l’ensemble de la population. Il semble même que cette politique aurait été considérée encore plus efficace quand cet enfant est de sexe masculin. Strictement appliquée, cette politique risquait pourtant de conduire à une démographie insuffisante. Dès le début des années 2000, la naissance d’un second enfant est devenue possible moyennant le versement d’une sorte de taxe, cinq mille yuans qui correspondent à plusieurs mois de salaire moyen. Cela est donc un privilège réservé en milieu urbain à la nouvelle classe moyenne aisée. Dans les campagnes, la notion d’enfant unique aurait eu bien du mal à être appliquée. L’un des invités de Jean-Michel Carré fait remarquer que si on passait brusquement en un enfant par famille à deux, l’explosion démographique conduirait à une situation difficile dans deux ou trois décennies. Aujourd’hui, il semble pourtant que le manque de femmes commence à se faire sentir. Trouvé, de manière somme toute assez attendue, dans « Charlie Hebdo » ( 2 janvier 2013) un texte solidement documenté de Patrick Chenet, intitulé « Les Chinois achètent tout, même les femmes ». Impossible de résister au plaisir de reprendre un dessin de Honrof qui résume (probablement assez bien) une situation nouvelle.

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