22 mai 2013
10 h 37 minLa part de l’autre
Un journal gratuit, lu en « 20 minutes », traite plus de cent sujets – environ dix secondes en moyenne par sujet. Le meilleur de « Mise au point », ce sont ces modules de sept/huit minutes qui se terminent alors qu’ils deviennent vraiment intéressants. Un long-métrage de cinéma est l’équivalent d’une nouvelle bien dense d’une centaine de pages. Tout se passe comme si la réponse du berger curieux à la bergère hâtive prenait maintenant une place de plus en plus grande, d’où le succès grandissant des séries aux épisodes formatés à la minute près, la liberté retrouvée consistant à moduler le nombre de chapitres tout en donnant du temps au temps.
Nouvelle mini-séries des « DOCS »
Depuis le vendredi 24 mai 2013, durant cinq semaines, RTS1, en premier rideau, donc peu après vingt heures, fait place à cinq épisodes de quarante-cinq minutes placés sous le titre un peu mystérieux, « La part de l’autre », qui se déroule presque exclusivement, à en faire la constatation dans le premier épisode, aux HUV ( Hôpitaux Universitaires de Genève), dans un modeste service d’une douzaine de chambres, voué aux seules transplantations d’organes réalisées par des équipes médicales de pointe à la recherche permanente de progrès.
Hors du bloc opératoire
Alors, quoi, un « médical » de plus, ce genre qui fait parfois concurrence au « polar » unitaire ? Va-t-on se retrouver proche de la lointaine série « Urgences » et de son lieu de prédilection, le centre opératoire ? Ou se dirigera-t-on vers la primauté donnée au diagnostic qui fit le succès du très original « Dr House » ?
Les diagnostics sont clairs : les patients sont condamnés à mourir à brève échéance ou à de lourds traitements leur vie durant si une transplantation est impossible. Ces « receveurs » sont beaucoup plus nombreux que les « donneurs ». On peut prélever des organes sur un corps cliniquement mort avec le consentement préalable du défunt ou celui de ses proches. Mais le don peut aussi provenir d’un vivant et en bonne santé, souvent un proche. L’opération est alors double, avec coordination délicate exigeant une grande précision. Il s’agit de sauver une vie ou de rendre la survie acceptable grâce à cette « part » de l’autre.
Procéder par immersion
Dès lors, comment évoquer le don et la réception. L’équipe peut, en accord avec les soignants et leur organisation, être partout et tout le temps présente, au risque de perturber l’essentiel, les soins. Les responsables de « La part de l’autre » ont renoncé à imposer leur présence qui peut être perturbante. Ils ont choisi la discrétion, être présents le plus souvent possible, mais sans gêner les interventions professionnelles techniques, s’en tenir à écouter des conversations entre un receveur et ses proches ou interrogé par un membre de l’équipe, se glisser dans une réunion entre soignants, assister à des rencontres. Bref, être présents durant trois mois dans le petit service des HUV pour récolter images et sons sans perturber – mais peut-être parfois un peu tout de même –pour saisir un bébé qui ne veut pas quitter les bras de sa mère, un époux qui montre une immense tendresse pour sa femme qui va céder un rein à son bébé. Entre autres..
L’importance du montage
Une équipe de tournage réduite est bien entendu indispensable pour une démarche par immersion. Avec la légèreté du numérique, la matière accumulée peut se compter en dizaines, voire en centaines d’heures. Le choix pour ramener le tout à cinq fois quarante-cinq minutes s’effectue au montage.
Et ce montage, dès lors, ne différera guère de celui qui s’effectue pour des séries de fiction dont le tournage résulte d’une mise en scène. Il faut tirer du matériel un récit clair, précis, intéressant, didactique, amical, émouvant. Parler de récit permet d’éviter le mot « spectacle » qui a ici quelque chose d’un peu gênant.
Face à la caméra et au micro, il y a des personnes. Les « receveurs » comme les « donneurs » vivants ne sont nommés que par leurs prénoms. Ce sont des personnes qui en perdant leur identité du nom de famille deviennent des personnages. Il y a Fabio, 18 mois, sa mère Edwige qui lui donne son rein, son pèrei Bruno. Annie à aussi donné un rien à son fils David qui va bientôt quitter l’hôpital après un moment d’angoisse devant une crainte rejet qui n’était qu’une amorce d’infection. On fait aussi la connaissance de Michael, le jeune charpentier diabétique qui doit encore grandir.
Par contre, les accompagnants, qui sont certes médecins, chirurgiens, mais aussi psychologues ou psychiatres entourant les « receveurs » dans des situations parfois délicates, portent noms et prénoms, ce qui sert dès lors de rappel de la réalité professionnelle.
Rôle du commentaire
Le verbe, bien sûr, se glisse dans les multiples formes de conversations. Mais il doit souvent être appuyé par un commentaire qui complète le complexe audiovisuel d’informations indispensables. Ce commentaire est souvent utile. Mais il est parfois frustrant d’apprendre qu’un détail qui gripperait une intervention risque de renvoyer une transplantation de plusieurs mois sans que l’on puisse sinon comprendre du moins deviner les causes d’un tel renvoi ? S’agit-il d’une allusion au fait qu’un organe doit être transplanté dans un délai bref pour remplir sa fonction de substitution sans risque de rejet ?
Fiction et documentation
Le premier épisode est construit de telle sorte que tous les événements qui se produisent semblent se dérouler en un seul et même jour, même si des informations sont apportées par les conversations et les commentaires qui introduisent la notion de durée. Certaines interventions de la musique contribuent aussi à donner l’impression qu’une série qui reflète la réalité n’est que peu différente d’une fiction issue de la seule imagination de ses auteurs.
Certes, on va retrouver les différentes personnes, y compris les receveurs devenus personnages, d’une épisode à l’autre. Le premier épisode est placé déjà par son titre sous le signe de « L’espoir ». Viendront la « métamorphose » qui suit une transplantation, le « deuil » aussi, celui d’un donneur, ou le risque encouru lors d’un rejet, avant de s’intéresser au rôle de la famille.
»A suivre »
« A suivre » est le titre provisoire donné au cinquième épisode. On peut s’en servir pour recommander vivement de suivre une série qui, dès le premier épisode, s’annonce comme excellente, émouvante, généreuse. Et qui peut-être pourrait contribuer à faire augmenter le nombre de « donneurs » qui restent souvent trop rares pour les « receveurs ». Une telle série, réussite assurée, est à porter à l’actif de son équipe de réalisation et du groupe des « Docs » de la RTS.














































































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